Ils nous entravent et nous tirent par les manchettes
Ils nous saisissent aux collets, secouent,
Et nous pensons au vent
Et nous avons un tel sommeil
Et ils nous tirent du lit
Ils nous font mettre au garde-à-vous
Et la soupe refroidit dans l’assiette,
Le vin tourne en vinaigre
Nous les prions de nous laisser en paix
Nous les prions de s’attendrir plus vite
Chacun dans son crâne
Tout s’est, expliquons-nous, attendri
Même les slogans pour lesquels vous êtes tombés
Que, diable, attendez-vous
Nous les prions de nous concéder
Une vie sans vengeance
Dans une patrie tout juste ravaudée
Nous les conjurons enfin
De ne plus nous survivre
L’affaire n’est pas
De retourner sans trêve à l’identique
Et de faire payer ce qui déjà fut payé
Et il ne s’agit pas
De pouvoir oublier
Ce qui est l’inoubliable
Avant tout, nous devons changer ce que nous sommes
Et tous ces morts en nous. Personne
Pour souhaiter être leur éternel rebut.